Petit flashback : il y a plus de quatre ans François-Henri Pinault (PDG de PPR le groupe qui détient la franchise FNAC) annonçait au monde de la finance qu’il désirait se séparer de sa célèbre enseigne culturelle. Après un PSE, de multiples projets et la mise en place d’une école de commerce PPR, quel résultat ? L’enseigne ne trouve toujours pas preneur et pour cause, celle-ci est bien malade. Si l’entreprise réalise toujours des bénéfices, les comptes sont loin d’atteindre les attentes des actionnaires ! Alors ces derniers taillent dans le gras.
En quelques années notamment les magasins parisiens ont perdu une part significative de leurs effectifs. La comptabilité, le nettoyage et la sécurité sont dorénavant sous-traités et désormais la direction désire instaurer un nouveau métier ; celui de vendeur-caissier. Si certains vendeurs encaissent déjà de fait les clients, la direction cherche aujourd’hui à entériner ces pratiques qui portent atteinte à la définition des métiers et surtout qui aggrave les conditions d’embauches et de travail. Un vendeur-caissier ou deux employés pour le prix d’un ! Et de s’étonner que le métier de l’encaissement (qui demande de nombreuses compétences) disparaissent à petits feux. Autre symptôme inquiétant : depuis quelques mois les employés de l’enseigne assistent à une valse des cadres très inquiétantes. La nouvelle direction nationale de l’enseigne, fraîchement débarquée en début d’année avec le mastodonte Alexandre Bompart, semble quelque peu affolée. Rien qu’au magasin des Halles, le nouveau directeur, arrivé en février, est déjà parti. La responsable des ressources humaines, ainsi que quatre cadres sont remerciés en quelques semaines, tout cela alors que les grands travaux de rénovation du centre commercial viennent de commencer pour une durée de plus de trois ans ! L’année dernière c’est la direction régionale de Paris qui a pu voir se succéder trois directeurs en moins d’un an !
La FNAC, une enseigne à fuir ? La précarité des contrats de travail au sein des magasins ne cesse d’empirer. Peu à peu les vendeurs expérimentés sont remplacés par des intérimaires ou des CDDs, ce qui bouleverse en profondeur les conditions de vie et l’organisation du travail dans les magasins à l’heure où les recommandations sur les RPS (Risques Psycho-Sociaux) sont en plein chantier.
La FNAC a ainsi connu le suicide d’un responsable de magasin il y a quelques semaines, responsable qui a laissé derrière lui des lettres remettant clairement en cause le management imposé par la direction mais aussi l’homophobie qui règne dans ses rangs. Nous sommes loin de l’image d’Épinal de l’entreprise, celle qui prétendait défendre une certaine idée de la culture. La culture que Pinault défend, c’est celle du fric, mais cette conception du travail est entrain de ruiner bel et bien la Fédération Nationale d’Achats des Cadres, une entreprise qui luttait jadis pour une relation de qualité entre ses clients et ses employés. La lutte syndicale, plus nécessaire que jamais, peine à mobiliser les troupes tant les contrats à temps partiels et les précarisés sont nombreux dans l’entreprise. Certes les délégués et autres élus restent attentifs aux dérives manifestes de la direction face à des employés quelque peu esseulés mais le constat est dur : peu ou pas de mobilisations syndicales ces derniers mois. Le laminage des équipes par une direction aveugle face au désastre éminent porte ses tristes fruits, ici et là, c’est tout un savoir-faire qui se délite. Et la direction de clamer haut et fort lors de la récente présentation de la stratégie de l’entreprise pour les cinq années à venir que le client sera la préoccupation première de l’enseigne ! Mais avec quels vendeurs ? Quels caissiers ? Quelles compétences ? Quelle disponibilité et quelle indépendance ? Car la dernière idée géniale de la direction est symptomatique : le rayon téléphonie mobile disparaît pour laisser place à un spot « SFR ». En effet il y peu les grands pontes de la FNAC ont dévoilé le futur partenariat avec l’un des grands du secteur téléphonie. Mais qu’en est-il des clients Orange ou Buygues ? Ceux là n’iront qu’à voir ailleurs semble t-il ! Ainsi après Apple, c’est à une autre marque que la FNAC loue son espace.
La FNAC, future Samaritaine ? Non content de perdre à peu près tout ce qui faisait la valeur de l’entreprise, la direction découpe par petit bout ses magasins et perd ainsi toute attitude indépendante face aux constructeurs ou autres opérateurs. La FNAC, numéro une des enseignes de vente de biens culturelles, boîte sérieusement et dans ces conditions, l’ensemble des salariés peuvent craindre une quelconque proposition d’achat. Non pas que nous regretterions François-Henri Pinault et sa bande de cols blancs mais toute reprise serait à coup sûr accompagnée d’un dégraissage massif qui donnerait le coup fatal.
Face à de tels agissements, le combat est inéluctable car l’entreprise appartient après tout à ceux qui l’ont faite, pas à ceux qui l’ont pillé et massacré !
C’est à nous qu’il revient de nous débarrasser de ces patrons incompétents et de ces actionnaires irresponsables.
