" En Tunisie, une génération s’est élevée, rappelle Karim Bouzouita [1] “J’ai ramassé tous les slogans, tout ce qui a été crié. Je n’y ai pas trouvé le mot démocratie. J’ai trouvé les mots liberté, dignité… mais pas démocratie. C’est à cause de vous, occidentaux, qu’on n’a plus foi dans la démocratie représentative. La démocratie nécessite le libre accès à l’information… Or, celui-ci est impossible. L’organisation des médias comme du pouvoir le rend impossible. Les mêmes groupes industriels et financiers financent les campagnes électorales de droite comme de gauche. De partout, nous sommes confrontés à une politique bipolaire porteuse des mêmes projets de sociét&e ! acute ;s. Cette politique bipolaire est incapable de remettre en question la forme de la démocratie, car c’est cette forme même qui lui donne du pouvoir.” Les hactivistes du printemps arabe tunisien se sont peu engagés dans les partis politiques, rappelle l’observateur. Les jeunes ne croient pas à la démocratie représentative. Les revendications de la jeunesse tunisienne portent plus sur la transparence (l’opengov, l’opendata) que sur la démocratie… Nous sommes passés de Wikileaks à Openleaks. La société prend des outils, des hauts parleurs pour s’exprimer… Le masque de Guy Fawkes se balade partout, de l’internet à la rue…"
“Effectivement, il ne s’agit pas tant de comment donner sa voix, que de la prendre”, souligne à son tour Cyril Lemieux. “L’internet permet d’augmenter la capacité des personnes à rendre visibles les injustices dont elles pâtissent, à témoigner de leur goût et également à se rendre visible des médias conventionnels. Mais pour l’instant, l’internet est encore conditionné aux médias. Ce sont eux qui adoubent le succès d’une vidéo virale par exemple. La télévision reste encore la source d’information privilégiée, et notamment le journal télévisé de TF1 qui rassemble chaque soir quelques 7 millions de téléspectateurs.”
Oui, la légitimité cathodique et la célébrité portée par les reality shows sont devenues des valeurs… poursuit Karim Bouzouita. “Mais en Tunisie par exemple, on a toujours su que les médias mentaient. En Tunisie, on n’avait que l’internet comme espace d’information. Il a servi collectivement à analyser les images que nous servaient les médias qui appartenaient aux proches du président, à décrédibiliser les images que la télé montait contre les contestataires.”
Source : Presse Numérique
