27 mai 2011
par
Tiré de CGT-E info n°50-51 (par Frank Mintz) Voir Fondation Besnard, http://www.fondation-besnard.org/ar...
Situation globale
15-M ou « Spanish revolution », les appels à manifester son ralbol partout en Espagne le 15 mai 2011, puis ensuite et en ce moment, ont eu un impact médiatique inattendu. Pourtant les raisons étaient sans équivoque Des milliers de citoyens "Sans maisons, sans boulot et sans peur" exigent "un futur digne " Des chômeurs, des mal payés, précaires, hypothéqués et, en général, des jeunes et des plus âgés /anti système/ étaient hier dans la rue dans au moins 50 villes espagnoles pour exiger "un changement d’orientation et un futur digne" et pour protester contre les "reformes anti sociales" encouragées par des gouvernements "au mains des banquiers" qui, selon les manifestants, imposent des attaques aux conditions de travail "pour les bénéfices des puissants"[….]
Dans des villes comme Barcelone, Mérida ou Palma de Majorque, les manifestants ont réclamé que les pouvoirs publics respectent les droits élémentaires "du logement, du travail, de culture, la santé, l’éducation, la participation politique, le libre développement personnel et le droit à la consommation des biens nécessaires pour une vie saine et heureuse" […] Le mouvement pacifiste ayant appelé à ces actes de protestations est apparu début avril dans l’université et a réussi à stimuler beaucoup de jeunes avec son slogan "sans maison, sans boulot et sans peur". Les organisateurs se sont montrés satisfaits de l’écho des manifestations (El País, 16.05.11).
Dans une Espagne bien décérébrée par les franquistes et leurs collaborateurs indirects communistes et socialistes (ce bulletin et les numéros précédents), les médias ne semblent pas avoir mesuré au départ l’impact d’un mouvement sans « rouges [et noirs] à la base. Des élections qui amènent le retour de la droite avec un score record, cinq millions de chômeurs sans doute en voie de jonction avec les manifestants actuels, voilà un mélange détonant pour les uns et les autres. La CGT et la CNT AIT se sont clairement manifestées pour et à l’intérieur du 15-M. des bons signes en perspectives
1 – 1 La vague du 15-M, Spanish revolution, les indignés, Démocratie maintenant …
Les influences pullulent : Islande, Tunisie, Égypte, (Portugal), le s’indigner de Stéphane Hessel… Les motifs pour manifester sa colère sont le chômage des jeunes à 40-45 %, parmi cinq millions de chômeurs au bas mot ; l’absence d’une politique économique de création d’emploi (depuis les années 1960) ; les scandales à tire-larigot des responsables politiques de droite et de gauche, sans compter les banquiers.
De nombreux jeunes en années et en vitalité comme Rumi : Romualda Salcedo a 75 ans et est veuve. Elle est devenue la matriarche du campement [plaza del Sol à Madrid]. "Si on pouvait nous augmenter un brin la pension, car les frais sont nombreux", dit-elle (El País2, 22.05.11).
Un jour sur la Puerta del Sol à Madrid (El País, 19.05.11) Ni la Commission électorale provinciale, décidant de ne pas autoriser le rassemblement appelé hier à 20 h au kilomètre zéro [Plaza Puerta del Sol] ni la pluie faisant son apparition à la tombée de la nuit, rien n’a pu arrêter la multitude des indignés. La Puerta del Sol était déjà une ville en miniature 12 heures à peine après que les milliers d’assistants au premier rassemblement de mardi [17 mai] ont décidé de monter un campement jusqu’au jour des élections. Ce n’est pas une tâche aisée que d’organiser la cohabitation spontanée de centaines de personnes, de diverses origines, ne se connaissant pas, au centre de la ville, sans perdre le contrôle. Il faut manger, aller aux toilettes, dormir, laver, se protéger du froid, communiquer avec les médias et profiter de ce moment historique pour essayer d’élaborer un discours commun. Et tout cela, sans hiérarchies et sans reproduire les méthodes du système qu’on refuse. La suite énumère qu’une carte existe à l’arrivée sur la place indiquant où dormir et manger et les huit commissions, divisées en de multiples sous-commissions. Les groupes sont ouverts à tout le monde. Un modérateur est chargé des tours de paroles et certains débats se prolongent des heures durant car tout le monde veut parler. Et on ne refuse la parole à personne. Les commissions sont la -Communication (avec la presse) ; -Information légale ; -Information ; - Infrastructures ; -Soins ; -Nourriture ; -Action ; -Extension. Mais le principal est sur internet, par exemple, la page de la CGT qui donne des liens
1 – 2 Les propositions de Démocratie réelle maintenant (Democracia Real Ya)
Vu de possibles confusions et l’impossibilité d’accéder à la page web de Democracia Real Ya (et le surgissement de pages alternatives n’appartenant pas réellement à la plateforme), nous retranscrivons à nouveau les propositions consensuelles basiques et en attente d’une plus grande définition afin qu’elles soient effectives. Voici quelques unes des mesures que, en tant que citoyens, nous considérons essentielles pour la régénération de notre système politique et économique. Donne ton opinion et tes propositions sur le forum !
1. ÉLIMINATION DES PRIVILEGES DE LA CLASSE POLITIQUE
Contrôle strict de l’absentéisme des responsables élus dans leurs postes respectifs. Sanctions spécifiques pour abandon de fonctions.
Suppression des privilèges lors du paiement des impôts, les années de cotisation et le montant des pensions. Remise à niveau du salaire des représentants élus sur le salaire moyen espagnol plus les suppléments nécessaires indispensables pour l’exercice de leurs fonctions.
Elimination de l’immunité associée au poste. Imprescriptibilité des délits de corruption.
Publication obligatoire du patrimoine de tous les responsables publics.
Réduction des postes de libre désignation.
2. CONTRE LE CHÔMAGE
Répartition du travail en stimulant les réductions de journée professionnelle et la conciliation professionnelle pour en finir avec le chômage structurel (c’est-à-dire, jusqu’à ce que el chômage descende sous les 5 %).
Retraite à 65 ans et aucune augmentation de l’âge de la retraite tant que persiste le chômage des jeunes.
Bonifications pour les entreprises ayant moins de 10 % d’embauche d’intérimaires.
Sécurité de l’emploi : impossibilité des licenciements collectifs ou pour des causes objectives dans les grandes entreprises tant qu’il y aura des bénéfices, surveillance des grandes entreprises pour s’assurer qu’elles ne couvrent par des travailleurs intérimaires des emplois qui pourraient être fixes.
Rétablissement du subside de 426 € pour tous les chômeurs de longue durée.
3. DROIT AU LOGEMENT :
Expropriation par l’État des logements construits en stock qui ne ont pas été vendus pour les placer sur le marché en régime de loyer protégé.
Aides au loyer pour les jeunes et toutes les personnes ayant de faibles ressources.
Que l’on permette la dation en paiement des logements pour annuler les hypothèques.
4. SERVICES PUBLICS DE QUALITÉ :
Suppression des frais inutiles dans les Administrations publiques et établissement d’un contrôle indépendant des budgets et des dépenses.
Embauche de personnel sanitaire jusqu’à épuiser les listes d’attentes.
Embauche de professeurs pour garantir le ratio d’élèves par classe, les groupes dédoublés et les groupes de soutien.
Réduction du coût d’inscription dans tout l’enseignement universitaire, sur le niveau des prix des diplômés et des aspirants diplômés.
Financement public de la recherche pour garantir son indépendance.
Transport public peu cher, de qualité et écologiquement soutenable : rétablissement des trains qui ont été remplacé par le TGV (AVE) avec les prix antérieurs, baisse des frais de transport, restriction de la circulation automobile privée dans le centre des villes, construction de voies vélo.
Ressources sociales locales : application effective de la Loi de dépendance [pour les handicapés], réseau de soignants locaux municipaux, services locaux de médiation et de tutelle.
5. CONTRÔLE DES ENTITÉS BANCAIRES :
Interdiction de toute sorte de sauvetage ou d’injection de capitaux pour les entités bancaires : ces entités en difficultés doivent faire faillite ou être nationalisées pour constituer une banque publique sous contrôle social.
transmission des impôts au système bancaire de manière directement proportionnelle au frais social occasionné par la crise générée par leur mauvaise gestion.
Restitution aux finances publiques de la part des banques de tout capital public apporté.
Interdiction d’investissement de banques espagnoles dans des paradis fiscaux.
Régulation des sanctions aux mouvements spéculatifs et à la mauvaise praxis bancaire.
6. FISCALITÉ :
Augmentation de type dispositif sur les grandes fortunes et les entités bancaires.
Elimination des SICAV.
Récupération de l’impôt sur le patrimoine.
Contrôle réel et effectif de la fraude fiscale et de la fuite de capitaux vers des paradis fiscaux.
Promotion au niveau international de l’adoption d’une taxe sur les transactions internationales (taxe Tobin).
7. LIBERTÉS CITOYENNES ET DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE :
Non au contrôle de l’internet. Abolition de la loi Sinde.
Protection de la liberté d’information et de journalisme d’enquête.
Referendums obligatoires pour les questions de grande importance qui modifient les conditions de vie des citoyens.
Referendums obligatoires pour toute introduction de mesures dictées par l’Union Européenne.
Modification de la loi électorale pour garantir un système authentiquement représentatif et proportionnel que ne discrimine aucune force politique et aucune volonté sociale, et où le vote en blanc et le vote nul aient également leur représentation au niveau législatif.
Independence du pouvoir judiciaire : réforme de la figure du ministère d’accusation pour garantir son indépendance, refus de la nomination de membres au Tribunal constitutionnel et au « Conseil Général du Pouvoir Judiciaire » par le pouvoir exécutif.
Etablissement de mécanismes effectifs garantissant la démocratie interne dans les partis politiques.
8. REDUCTION DES FRAIS MILITAIRES

1 – 3 Bien entendu, comme dans tout mouvement en gestation, des déclarations prétendument consensuelles apparaissent d’où ce démenti (22 mai, 19 h 54)
Democracia real YA ! (=DRY) a décidé d’émettre ce communiqué d’urgence bien que ce soit le jour des élections municipales vu l’importance des questions à démentir.
Sur plusieurs webs, profils de facebook, twitter etc., des infos sont apparues pour essayer de supplanter notre identité en tant que mouvement, en proposant des actions et des idées complètement opposées à ce que présente notre manifeste officiel.
Nous désirons expliquer ici que DRY n’est pas un parti politique, et n’a jamais prétendu l’être et il n’entre pas dans nos projets d’en devenir un. Toutes les pages associant DRY à un parti politique sont des calomnies, puisque dès le départ DRY s’est défini comme une plateforme apartidaire et asyndicale.
Les seuls canaux de communication valables sont le web officiel democraciarealya.es, le profil de twitter @democraciareal, celui de facebook /democraciarealya et les courriers finissant par @democraciarealya.es. Nous demandons aux médias de vérifier toute information leur parvenant par d’autres voies. [… après une critique du quotidien de droite El Monde]
DRY désire expliciter également que les revendications des campements n’ont pas à coïncider avec les siennes. En tant qu’appels autonomes et indépendant, chaque campement a élaboré son propre manifeste et ses propres revendications, qui parfois coïncident avec celles adoptées par les membres de DRY et parfois diffèrent. […] Enfin, nous croyons nécessaire d’expliquer aux citoyens que notre mouvement n’a jamais demandé l’abstention, ni le vote en blanc, ni le vote nul, ni le vote pour aucun parti concret. DRY encourage les gens à s’informer et à décider par eux-mêmes pour qui ils donnent leur vote selon leur idéologie, puisqu’en étant une plateforme plurielle, la diversité de vote est aussi large. Notre objectif est d’améliorer le système électoral actuel, mais jusqu’au moment où ce modèle changera, nous estimons que chacun doit participer comme meilleur lui semble.
1 – 4 Le 15-M salué par la CNT AIT et par la CGT et deux électrons libres
CNT AIT
Ce moment est à nous, que continue l’occupation des places et la désobéissance […] Les concentrations et les campements multitudinaire engendrés par les places des villes et des villages depuis le 15 mai dernier sont un exemple évident de la capacité organisatrice du peuple quand il décide d’être acteur de sa propre vie ; en surmontant l’apathie, la résignation et l’absence d’une prise de conscience […] ; en matérialisant par la pratique, qu’il est non seulement possible mais nécessaire de s’associer, s’unir et de lutter pour changer notre présent le plus proche et tracer à partir de l’auto organisation les piliers d’une société sans pouvoirs, sans inégalités, sans répression et délégationnisme. Le 22 mai [jour des élections], avec plus de conscience et de visibilité que jamais, répondons par l’abstention, car nous avons démontré que la classe politique ne nous représente pas et que nous n’en avons pas besoin.
En tant que CNT nous continuons à participer et à appeler à la mobilisation permanente et à la lutte, comme moyen de résoudre les problèmes sur tous les plans de nos vies.
Continuons à construire tout en désobéissant. La protestation continue !
De nuit comme de jour la lutte est aussi la mienne !
20.05.11 Secretaría de Acción Social del SP del Comité Confederal- CNT
CGT (déclarations du secrétariat confédéral et du secrétaire confédéral)
[…]La CGT unit sa voix aux dizaines de milliers de voix indignées qui crient « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers » ; mais nous savons aussi que l’indignation doit se transformer en rébellion et en organisation contre les vrais coupables de la crise, ces mêmes élites politiques et économiques qui s’enrichissent au prix d’un travail précarisé et sans droits, au prix de la privatisation et du démantèlement des services publics, au prix de la détérioration de l’environnement, au prix de la répression de toute dissidence, au prix de l’abandon de la jeunesse à un futur d’exploitation des conditions de travail et sans droits sociaux.
C’est pourquoi le syndicat CGT encourage et soutient le fait d’être dans la rue avec les Assemblées citoyennes. Aucun gouvernement, aucun Conseil électoral central, ne pourra interdire ni intimider la juste rage qui augmente dans notre pays et dans le monde et va s’exprimer librement demain samedi, et les jours suivants, dans un acte authentique de réflexion sociale et collective qui va bien au delà d’élections politiques municipales ou autonomiques.
19.05.11 Secretaría permanente del Comité Confederal de CGT.
15-M : construction d’un espace libertaire et autogestionnaire Avec “la prise des places”, nous, la jeunesse et la société espagnole, nous atteignons notre maturité face au pouvoir de l’État, par un acte évident d’insoumission et de désobéissance civile dans un cadre légal restrictif que “le système et ses politiciens” ont forgé historiquement sur le dos du peuple. (Portail de CGT, 22.05.11) Nous, des milliers et des milliers et encore des milliers de personnes, jeunes dans leur majorité, nous occupons les rues depuis le 15 Mai et ce faisant nous assistons à un processus de construction d’une nouvelle expérience qui, de mon point de vue, réunit toutes les clés pour qu’on la considère libertaire et autogestionnaire. Pour être sincère, c’était une expérience dont nous désirions depuis longtemps l’apparition, après avoir organisé de nombreuses manifestations, luttes, marches, actions contre le capitalisme... Pour qu’elle se produise, il fallait au moins deux éléments. D’abord, que l’initiative soit prise par la jeunesse comme collectif social le plus maltraité par le système néo libéral et sa crise sciemment provoquée, car je sais en tant qu’anarchosyndicaliste que l’émancipation doit être l’œuvre de chacun ou jamais elle ne sera. Puis, que le mouvement doit compter sur un soutien social important du monde du travail. Ces deux prémisses sont réunies. Dans cette mobilisation d’occupation de la rue en ignorant le cadre légal du système que précisément on veut combattre, on est en train de donner une authentique leçon de transformation sociale, en démontrant par cette expérience que lorsqu’il y a une volonté de faire quelque chose ensemble, qu’il y a des personnes se sentant comme un collectif, tout est possible, même de faire front au système capitaliste arrogant et de poser les bases d’un nouveau système social et économique. Je crois que, sans aucun doute, en ce moment et dans ce pays, c’est le futur qui se forme et le protagoniste est celui qui doit le faire, la jeunesse. Ce processus est en cours sur de nombreuses places de ce pays, jusqu’à présent, vieux, fatigué et soumis, qui enfin a été capable de sortir dans la rue et de montrer collectivement son indignation. Les jours passent depuis le 15 Mai et le mouvement assembléaire en gestation acquiert une authentique dimension autogestionnaire et avec les règles du jeu du mouvement libertaire, antiautoritaire. Chaque jour qui s’écoule, continue l’approfondissement et le perfectionnement de l’expérience, le renforcement et la conviction que le processus marche et qu’il fonctionne avec de profonds aspects d’action et d’autogestion que nous avons tant attendus et dont nous avons tant rêvés. Les règles du jeu de cet espace en construction sont le respect intégral d’autrui, le développement de l’esprit et de l’imagination au service du collectif, la créativité, l’expression libre, la solidarité, l’entraide, le partage, l’horizontalité, l’organisation collective de l’espace partagé, la prise de décisions en assemblées permanentes, l’égalitarisme, la liberté... Que se passe-t’il vraiment dans les assemblées ? On apprend en même temps qu’on agit, on apprend à être libre en vivant en liberté, en se trompant mais avec une volonté profonde de construire collectivement. On autogère tout, la prise de décisions, le débat, le loisir, le repos, la production d’infrastructures, la communication, les activités culturelles, l’eau, la nourriture, le nettoyage, l’école pour les petits, les soins médicaux, les conversations, l’expansion pour intégrer dans le mouvement toutes les luttes sociales, professionnelles, etc., etc. La réalité dépasse une nouvelle fois ce qu’on peut imaginer. L’expérience a lieu sur nos places, il faut s’empreigner de son esprit, il faut le vivre, il faut s’y intégrer, il faut le soupeser pour le comprendre, il faut se dissoudre dans le processus de construction pour apporter et apprendre. L’expérience croît jour après jour. Ce n’est pas encore le moment de nous poser des questions sur le futur, les objectifs, le lendemain. Les demandes et les réponses il faudra aussi les construire de manière autogestionnaire et par le bas, comme nous le montre nos sœurs des communautés zapatistes. C’est maintenant le moment de contribuer à la poussée de l’expérience car c’est en elle que se trouve le germe du monde nouveau que nous, les libertaires, nous portons dans nos cœurs. Madrid 21 mai 2011 Jacinto Ceacero, Secrétaire général de la CGT [du territoire espagnol]
Premier électron libre
Sans presqu’aucun doute, il est aussi ou davantage connu par ses idées que la CNT AIT et la CGT, le vétéran antifranquiste « acrate » Agustín García Calvo, 87 ans (né à Zamora en octobre 1923).
Professeur de philologie classique à l’Université complutense de Madrid (UCM), il se rendit célèbre parmi les étudiants par ses idées « acrates » (contre le pouvoir) et il participa à l’agitation universitaire à Madrid en 1965 (voir son petit speech). En conséquence le franquisme l’expulsa à vie de l’université, avec trois autres collègues Enrique Tierno Galván (plus tard socialiste et maire de Madrid), José Luis López-Aranguren (philosophe assez connu) et Santiago Montero Díaz (moins connu, communiste puis phalangiste).
Il demeura en exil à Paris quelques années en vivotant de cours d’espagnol dans le public et dans le privé, de traduction. Il anima des discussions à La boule d’or à Paris. En 1976 son poste lui a été restitué et il y finit sa carrière en 1992.
En dépit de ses travaux universitaires, il est plus connu comme poète et essayiste et par ses écrits et ses conférences libertaires très personnels. Quelques titres Apories du Marxisme, Contre la Famille, Contre le Couple, Contre la Paix, Contra la Démocratie, Analyse de la Société du Bien-être, Nouvelles d’en bas, Non bien sûr que non.
Propos d’Agustín García Calvo sur la plaza de la Puerta del Sol à Madrid (19 mai)
Vous êtes la joie, c’est la joie de l’inattendu, de l’imprévu, ni de la part des autorités et des gouvernements, ni de la part des partis quelle que soit leur couleur, vraiment imprévu. Vous-mêmes ou presque tous, il y a quelques mois ou quelques semaines, vous n’aviez pas prévu non plus ce qui pourrait surgir. Même si cela est ainsi, la joie est dans l’inattendu et il n’y a pas d’autre joie, il n’y a pas de futur, comme je vais le répéter maintenant. Néanmoins, je vais vous dire quelque chose qui semble contradictoire, j’attendais cela depuis quarante et quelques années, quarante six. [Vivats et applaudissements]
Je vous raconte un peu comment dans les années soixante, comme vous les plus jeunes vous en avez entendu parler, une vague commença à se lever dans le monde principalement des étudiants dans les universités, les campus et autres endroits similaires de Tokio, Californie… En février 1965, cette vague déferla sur Madrid ; je me laissai entraîner par elle avec une grande joie, pour dur que cela me coûta ; […] lors de ces années dans le monde avancé ou “premier” on était en train d’établir un régime, un régime du pouvoir, qui est justement celui-là même dont vous souffrez maintenant avec moi […] pour le dire brièvement, le régime, la forme de pouvoir ou l’État, la « gouvernementation », l’administration étatique se confond totalement avec le capital, avec les finances, avec l’investissement financier : entièrement confondu. [Applaudissements, cris] On peut donc dire que c’est le Régime de l’Argent, en simplifiant, et donc je crois que beaucoup d’entre vous, tout bas vous sentez que c’est contre cela principalement contre quoi vous vous soulevez, contre quoi vous avez envie de crier, de dire la seule chose que le peuple sait, dire NON ! [Longs applaudissements. Des cris : “C’est ça”]
Donc, ce qui m’a entraîné quand j’avais trente-neuf ans, il y en a quarante six, c’est la même chose qui arrive maintenant à sa culmination, à sa quasi vieillesse : le régime de l’État-capital, le régime de l’argent, effectivement donne des signes d’être lui-même fatigué, […]
Je ne voudrais paraître vous donner des conseils, mais tout en ne voulant pas le sembler, je vais vous avancer une paire de boutades qui me viennent à l’esprit, des idées négatives sur toute chose. D’abord, c’est de ne compter en rien sur l’État quel qu’il soit : aucune forme d’organisation étatique. [Applaudissements et agitation] C’est une erreur qui à ce que je vois, beaucoup d’entre vous percevez sans qu’il soit très utile de vous le dire. Donc, et par voie de conséquence, on ne peut pas non plus utiliser en rien la Démocratie, ni le nom de ‘démocratie’. Je le regrette, et je vois déjà que cela n’attire pas d’applaudissements immédiats, mais cependant je dois insister.
Je comprends que choisir des slogans comme “Démocratie réel maintenant” peut être, de la parte de la personne qui l’a inventé, une tactique, une tactique pour ne pas apparaître pleinement, car cela reviendrait à dire en face et d’un coup “Non à tout État, démocratique ou pas !”, cela passerait mal et cette timidité ou modestie peut l’expliquer, mais je crois qu’il est temps de s’éloigner de ce faux pas. La Démocratie est un trompe l’œil, c’est une tromperie pour ce qui nous reste de peuple vivant et de gens. Ce l’était déjà depuis qu’elle fut inventée chez les Grecs anciens à Athènes et ailleurs. C’est un trompe l’œil qui est fondé surtout sur cette confusion que son nom même dénonce : demo et kratos. Kratos est le pouvoir et Demo, on suppose que c’est le peuple, et, quoi qu’il en soit des avatars de toute histoire, jamais le peuple ne peut avoir le pouvoir : le pouvoir est contre le peuple. [Bravos]
C’est une chose trop claire, mais il faut la comprendre. [Applaudissements et vivats] tant est si bien que je suppose que cette contradiction que est inscrite dans le nom même de la démocratie vous engage fort à le comprendre vraiment. Le régime démocratique est simplement le plus avancé, le plus parfait, celui qui a donné les meilleurs résultats, celui qui est arrivé à produire le Régime du Bien-être où l’on dit que nous vivons ; c’est simplement ça, mais en même temps cela n’en est pas moins le Pouvoir, celui de toujours. Au contraire, plus il est parfait, plus il est avancé, plus il est habile dans ses trucs pour leurrer et donc dans le maniement du mensonge, qui est essentiel à tout Pouvoir. Cela j’espère que vous le saisissez également bien : sans mensonge aucune forme de Pouvoir ne persiste. Le mensonge est de faire croire, et c’est la foi et le ciment, le fondement de tout État. C’est ainsi que, si l’un de vous a l’illusion d’accéder à une démocratie meilleure, je lui demanderai de s’écarter de cette voie. Ce n’est pas par là, pas sur cette voie, et si votre soulèvement en venait à atteindre un caractère organisé, en définitive semblable à celui de la propre administration de l’État, vous auriez par là même perdu, vous ne feriez que répéter à nouveau la même histoire avec d’autres couleurs et perfectionnée justement, car elle a assimilé le soulèvement, assimilé la protestation. C’est la façon qu’à travers des révolutions ayant toujours échoué que les États ont avancé. C’est justement ce dont ils ont besoin, pour continuer à être la même chose qu’ils sont. L’Argent ne peut que changer, changer pour demeurer pareil : c’est le grand truc qui vous guète. Quand je vous suggère ou je vous demande de renoncer aux idées d’un autre État meilleur, d’un autre pouvoir meilleur et je vous rappelle que… [Grand brouhaha sur la place ….Agustí avance ensuite des développements sur le futur qui est le temps de la banque, la supériorité des assemblées sur les élections, contre l’université et les examens]
La soumission aux examens c’est simplement la soumission au futur, nous n’avons pas de futur. En rappelant que les établissements universitaires où vous êtes ne sont destinés qu’à cela, à la fabrication de futurs et de nombreux fonctionnaires, cette proposition ne vous paraîtra peut-être pas aussi insensée. Mais qu’elle vous le paraisse ou non, sur ce je vous laisse, en vous répétant la joie de cet inattendu qui m’a amené parmi vous et qu’en même temps j’attendais depuis 1965, Salut ! [MERCI !]
Second électron libre
José Luis Carretero Miramar, de Solidaridad Obrera, nous donne cet avis personnel, le 23 mai, Pour une démocratie substantielle
Ces jours ci les places de nos villes ont été occupées par la jeunesse. Elle réclame une “démocratie réelle”, revendique une autre société. La dictature féroce et autiste des marchés a été remise en question par la mobilisation massive et assembléaire d’un peuple entier qui, las de tant de mansuétude, s’est enfin décidé à se rendre maître de son propre destin. […]
Dépassant le précaire médiatique et le “consensus” forcé qui, inauguré dans la transition, a empêché durant des décennies le plein exercice des droits démocratiques par une partie des citoyens, la prise de décisions participative et assembléaire a démontré être un excellent ciment commun.
Mais il faut tenir compte de quelque chose de plus : la nouvelle démocratie réelle ne fonctionnera et ne sera pas possible sans une base sociale suffisamment étendue. Et cela nous pousse à affronter le problème du social et du travail : il n’y a pas de démocratie si elle s’arrête aux portes des lieux de travail, s’il y a une énorme disparité entre les possibilités économiques des différents secteurs productifs, qui pousse les “perdants du marché” à la misère, la précarité ou l’abandon. Sans résoudre la “question sociale”, sans un contenu claire sur ce plan, la démocratie politique ne sera plus qu’un jeu fragile de miroirs, toujours sur la corde raide.
Nous devons donc réclamer la fin de la dictature néo libérale et du pillage effectué par l’oligarchie financière avec la même force et la même impétuosité qu’on réclame d’autres choses : la prétendu dette externe (et, surtout, privée des entités financières) doit être soumise à un audit rigoureux qui impose un accord substantiel ou, simplement, refusée ; les privatisations doivent être suspendues et annulées ; la banque doit être soumise à un contrôle public exhaustif ou nationalisée. Nous devons même aller plus loin, si nous recherchons vraiment et si nous défendons une démocratie substantielle : la cogestion, la récupération d’entreprises par les travailleurs eux-mêmes, le coopérativisme, l’entreprise autogestionnaire et l’économie sociale doivent être appuyés de façon décidée par les nouvelles forces démocratiques. […]
Et cela, bien au-delà des “patriotismes d’organisation” et les aigreurs et les mesquineries de certains secteurs de la gauche qui ont été incapables de comprendre que, quand les gens se soulèvent, tous les catéchismes sont de trop.
Si nous voulons construire une nouvelle société, une démocratie substantielle, nous devons chercher les racines de l’arbre de l’inégalité et l’arracher avec fermeté. C’est l’heure des gens, de ceux qui étudient, travaillent et rêvent (qu’ils aient ou pas ce qu’on appelle un “emploi”), de ceux qui doivent décider.
C’est l’heure que le peuple prenne la parole.
